dimanche 15 février 2015

Je suis un pornographe



J’ai arrêté d'écouter la société qui juge ses déviants, qui condamnent ceux qui regardent ça mais moi, j'ai décidé de dire la vérité : j’adore la pornographie. J'adore ces scènes de sexe, les contextes dans lesquels on voit des femmes et des hommes se désirer, évoluer et jouir ensemble.
Au départ, le porno, c’était un monde lointain, une espèce de cercle vraiment privé pour de gros cochons. C'est simple : j'ai grandi à la "bonne époque" où le porno était vraiment marginal. Je n’avais que très peu de contacts avec ce monde : quelques affiches presque innocentes pour des revues coquines devant les kiosques à journaux, des annonces obscènes écrites sur les abribus et le fameux coin « porno » du Vidéo Futur. 
C’est donc à Vidéo Futur que j’ai eu mes premiers émois pour le porno, à une époque où Internet n’était qu’une idée à peine imaginable.  Des fois, je m’aventurais dans le rayons des thrillers et je passais discrètement la tête en essayant de ne pas me faire griller par le proprio. Il m'est arrivé d'espionner des clients qui passaient du temps dans ce rayon, ce qui me fascinait encore plus que l'objet de leur attention. Je n'oublierais jamais ce mec, quarantaine d’années, motard à boucle d’oreille, en adoration devant les VHS de productions américaines. Il était tellement dans son élément qu’il regardait méticuleusement chaque pochette, allant jusqu’à se coller la jacket des VHS pour scruter le moindre détail. Et ça, au delà de l’excitation que ça pouvait me fournir, ça me fascinait. Et ce qui me fascinait encore plus, c’était de voir cet homme contempler cet espèce de sanctuaire porno, faire son choix, se lécher les babines devant des vagins pénétrés par de superbes queues, des culs dilatés et de superbes bouches pulpeuses dégoulinantes de sperme. Le mec passait du temps sur chaque jacket qu'il regardait de haut en bas, la retournant et lisant toutes les mentions... Je sentais de la chaleur inonder mes cuisses parce que ce motard savait exactement ce qu'il voulait et n'hésitait pas, sans anonymat, à prendre son temps maintenant pour... prendre son pied plus tard.


Depuis, la fascination de la pornographie ne m'a plus quitté. Cela pourrait choquer mais la pornographie est devenu "mon truc", mon activité à moi, clandestine à cause du tabou social mais mon petit jardin secret. Je suis devenu un pornographe.
Plus tard, ce sont les téléfilms érotiques de M6 qui ont contribué à cultiver mon potager erotico-pornographique. Que ce soit les programmes coquins comme Sexy Zap ou les téléfilms « pour adultes », le dimanche soir était synonyme de soirée de sortie pour les films porno. Une sorte de bal de la sexualité où mon imaginaire allait être stimulé de façon tellement intense et tellement agréable que cela donnait aux dimanches des allures de jour du bonheur. Combien de films ai-je vu, toujours en cachette bien entendu, sans la moindre masturbation ? Je ne sais pas. Je garde en mémoire des titres comme « La comtesse impudique », « Malombra », « Un si violent désir » ou encore, mon préféré, à savoir « Les Yeux Du Désir » : des espèces de "tubes de ma jeune jeunesse" ! Peu importe le fait que l’érotisme limite les possibilités en raison de l’absence de détails, le peu qui était donné me suffisait à rêver au maximum « en attendant ». Mais surtout, les films erotiques ont mit en scène des femmes très désirables, désirées par des hommes encore plus désirables. Au delà de ça, je projetais mon avenir sur ces femmes qui, de toute évidences étaient tellement bien baisées mais surtout avait un pouvoir presque magique : celui de faire naître le désir. Alors, à l’aube de ma vie sexuelle, voir ces femmes attirer le désir, fasciner des hommes très gâtés par la nature, dans des cadres extrêmement idylliques, faire bander à l'infini, cela me plaisait même si l’absence de pénis bandant à l’écran me frustrait un peu. Combien de fois, je me suis surpris à rêver d’être ces femmes superbes que ces apollons espionnaient sous la douche en train de se caresser, ces femmes qui se faisait baiser dans des granges, sur des capots de voiture, dans des cabines téléphoniques, sur la plage, dans des voitures, dans des baignoires et, plus rarement, dans des lits ? Combien de fois, je me suis surpris à rêver de faire frissonner ces hommes bandants et transpirants, à les voir me suivre inondés par leur désir et voulait me faire, à mon tour, gémir comme ces femmes ? En les voyant pousser des cris de plaisir, j’arrivais presque à ressentir le désir qu’une telle situation pouvait procurer. Et je me surprenais même, plus tard dans ma vie, à les imiter… Car au final, j’ai vite appris que ce sont ces femmes qui sont désirées et courtisées qui mènent la danse. Elles sont des objets d’attraction, les hommes les dévorent comme les abeilles dévorent le miel. On les regarde comme j’avais envie d’être regardé, on les consomme comme j’avais envie d’être consommé et on les adore comme j’avais envie d’être adoré. J'ai poussé l'identification tellement loin que je suis devenu jaloux de ces femmes qui faisait la couvertures de revues dites "spécialisées" ou la page central. J'avais envie, moi aussi, d'être un objet de désir qu'on qualifie de "salope" ou de "grosse chienne" sur un chantier ou dans un camion. Je me voyais dans le regard des actrices qui posent devant des photographes qui se pourlèchent les babines et j'avais envie d'avoir, de simples consommateurs, qui se branlent devant moi et mieux encore : je voulais être celle qui les excite et qui les pousse à se branler sur ma photo et à la noyer dans des litres de sperme à en coller les pages.  
Je suis devenu un pornographe dès lors que tout ce qui touchait à la pornographie et à l’érotisme pouvait capter mon attention au détriment du reste et changer ma vision des choses.  Pire encore : les gens que ça impliquait. Non pas que je sois particulièrement friand des gamins qui se vantent d’avoir réussi à regarder le film de dimanche dernier mais je me souviens de l’effet produit sur moi lorsque je voyais un homme sortir discrètement de la maison de la presse avec un exemplaire de New Look ou de Hot Video. Pareil lorsque j’ai aperçu une collection de VHS porno dans l’armoire secrète du père d’un ami. Tout d’un coup, on voit les gens comme de vrais porcs, fous de sexe et on leur invente une vie sexuelle faite de plaisirs, de découvertes et de jouissances variées. Alors que "la société" les dépeint comme des marginaux, j'avais beaucoup de respect pour eux car ils représentaient le réalisme sexuel assumé. Car qu’est-ce qu’être un pornographe si ce n’est un être qui aime se plonger dans un film qui traite du sexe sans détours sans en avoir honte ?
La pornographie réelle n’est arrivée dans ma vie que quelques années plus tard où j’ai finalement pu voir pour de vrai, en long et en large, une belle pénétration vaginale. Je suis honoré d’avoir eu à attendre avant d’avoir cette formidable aventure car je pense que commencer d’emblée par le porno aurait peut être provoqué d’autres effets. Les téléfilms érotiques et les images de nu, même les plus graphiques, m’ont initié à l’art sexuel, m’ont servi d’entrée avant d’attaquer le plat principal qui a été le porno. Certains amis me prêtaient des VHS qui contenaient des enregistrements de pornos d’XXL. J’ai découvert mes premiers visionnages porno avec des acteurs français, espagnols et italiens. Philippe Dean, Tony Carrera, Fovéa, Laure Sinclair, Nacho Vidal, Julia Channel, Rocco Siffredi et d’autres étaient comme des idoles pour moi que je pouvais ranger au même grade que n’importe quelle popstar de l’époque. Une fois de plus, j’étais fasciné et envieux de ces femmes qui pouvait recevoir autant de queues en elles en même temps et gratifier de plaisir autant d’hommes en même temps. Je me fiais aux gémissements qu’elles poussaient pour mesure l’intensité du plaisir qu’elles devaient éprouver tout comme j’étais excité par les gémissements des hardeurs. J’étais juste excité à la vue d’une actrice chevauchant une énorme queue lisse qui la défonçait et je m’imaginais à sa place. Dès lors, je me suis confirmé dans ma situation de pornographe : Je me rêvais dans une orgie, accueillant des pénis durs et prêts à me défoncer. Car au final, mes rêves étaient mes fantasmes et mes fantasmes étaient mes voisins. Moi aussi j’avais besoin d’être réellement désiré puis baisé. 
Très rapidement, j’ai commencé à me concocter des pseudos travaux de recherches. Alors âgé de seize ans et peu expérimenté sexuellement, il m’arrivait de trainer dans des endroits chauds à Pigalle où les commerçants sont peu regardants sur l’âge des clients dès qu’il s’agit d’hommes. Je voyais ces pochettes de VHS et DVD humides, je bandais à l’idée de savoir que ces images photographiques avaient fait bander des hommes avant moi qui ont eu ces objets entre les mains bien avant moi. Mais je ne perdais pas de vue que la gagnante étaient la hardeuse car au final, c’est elle l’objet du plaisir ; elle est doublement désirée, à la fois par son ou ses partenaires mais aussi par les hommes qui veulent la voir en action. A cette époque, le net commençait timidement à pénétrer les foyers, au fur et à mesure que je me faisais pénétrer et j’aimais trouver, de temps à autre, des productions soignées, d’un bel esthétisme. Le sexe en lui même était secondaire, ce qui m’interessait réellement, c’était le contexte dans lequel la relation sexuelle était amenée, le naturel choisit par les acteurs pour passer de la pipe à la sodomie mais surtout les plans sur les pénétrations, la sensualité avec laquelle certains actes étaient réalisés et surtout… entendre et voir un homme jouir. Car, comme tout pornographe qui se respecte, la réalité, c’est que ce qui nous excite le plus au point de finir par en jouir également, c’est un homme qui jouit, de préférence avec le son car, quoiqu’on en dise, une éjaculation d’un homme bandant, c’est du plaisir et ça, en pornographie, c’est la chose la plus vraie…
Au final, je suis un pornographe et je suis heureux. Très heureux. Et je vous souhaite la bienvenue.
PS : Pas besoin de me traiter de pute, obsédé, pervers, garage à bites, bouche à foutre et autres "insultes" car non seulement c'est vrai mais en plus ça me conforte dans mon identité et me donne encore plus envie de repousser mes limites. Donc merci d'avance!

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